Produits ultra-transformés et cuisine domestique : une coexistence devenue courante
Communication nutrition-santé
Dans les débats publics comme dans les discours d’experts, la cuisine maison est souvent présentée comme une protection contre une « mauvaise » alimentation, incarnée notamment par les produits ultra-transformés. Cette vision oppose fréquemment le « fait maison » aux aliments industriels et véhicule également des représentations sociales liées au genre et aux catégories sociales.

Pourtant, une récente étude fondée sur l’enquête Budget de famille 2017 de l’Insee, menée auprès de 3 210 ménages en couple et s’appuyant sur la classification Nova des aliments ultra-transformés, nuance ces idées reçues.
Dans cette étude, les chercheurs ont cherché à vérifier une hypothèse largement répandue : une implication plus importante dans la préparation des repas, notamment de la part des femmes, encore majoritairement en charge du travail culinaire domestique, est-elle réellement associée à une consommation plus faible de produits ultra-transformés ?
Les ménages modestes ne sont pas les plus gros consommateurs d’ultra-transformés
Les foyers aux revenus ou niveaux de diplôme les plus faibles ne sont pas ceux qui consomment le plus de produits ultra-transformés. Les niveaux de consommation les plus élevés se retrouvent plutôt chez des ménages aux revenus intermédiaires et dont la personne de référence possède un niveau d’études compris entre le Bac et Bac +2.
L’étude montre également que la fréquence de préparation des repas à domicile n’entraîne pas mécaniquement une baisse des achats de produits ultra-transformés. En d’autres termes, cuisiner davantage ne signifie pas nécessairement cuisiner “à partir de produits bruts”.
Les produits ultra-transformés restent omniprésents, même dans les foyers qui cuisinent
Les travaux qualitatifs analysés dans l’étude soulignent que les ménages valorisent largement le « fait maison » et associent souvent les aliments industriels à une alimentation moins saine. Pourtant, dans les pratiques réelles, les produits transformés restent largement intégrés aux repas domestiques.
Une enquête menée par la sociologue Margaret Beck auprès de familles américaines aboutissait déjà à ce constat : même les repas préparés à la maison intègrent fréquemment (même en quantités modérées) des produits industriels transformés.
Les chercheurs observent ainsi qu’en France, moins de 10 % des ménages consacrent moins de 11 % de leur budget alimentaire aux produits ultra-transformés. Leur présence est donc généralisée dans l’alimentation quotidienne, y compris chez les ménages investis dans la préparation culinaire.
L’âge et la composition du foyer, principaux facteurs explicatifs
Le critère le plus déterminant reste l’âge. Les ménages les plus jeunes (moins de 34 ans) consacrent environ 40 % de leur budget alimentaire aux produits ultra-transformés, contre 26 % pour les plus de 65 ans.
La présence d’enfants dans le foyer joue également un rôle majeur. Les ménages avec enfants de moins de 14 ans affichent une consommation significativement plus élevée de produits ultra-transformés. Cette tendance s’explique notamment par le poids des produits sucrés, biscuits, céréales du petit-déjeuner ou snacks fortement ciblés par le marketing alimentaire destiné aux enfants.
Fait notable : les ménages de 35 à 49 ans cuisinent aussi régulièrement que les plus âgés, mais leur niveau de consommation d’ultra-transformés reste proche de celui des plus jeunes. Cela confirme que le recours à ces produits ne peut pas être expliqué uniquement par un manque de temps ou une moindre implication dans la cuisine.
Des pratiques alimentaires plus complexes qu’attendu
Les résultats de cette étude invitent à revoir plusieurs présupposés largement ancrés :
- Les produits ultra-transformés ne concernent pas uniquement les classes populaires ;
- Cuisiner quotidiennement ne garantit pas une alimentation moins transformée ;
- Les produits ultra-transformés ne remplacent pas forcément la cuisine domestique, mais coexistent souvent avec elle.