Grande distribution : au cœur des enjeux de nutrition et de durabilité

Grande distribution : au cœur des enjeux de nutrition et de durabilité

Développement produit

La grande distribution (incluant hypermarchés, supermarchés et commerces de proximité) concentre aujourd’hui près de 92,5 % du marché de la distribution alimentaire en France. Par son poids économique et son rôle central dans l’approvisionnement des ménages, elle exerce une influence déterminante sur les habitudes alimentaires des Français.

À ce titre, les distributeurs occupent une position stratégique dans la transition vers des systèmes alimentaires plus sains et plus durables.

Si la grande distribution a permis d’élargir l’offre, d’améliorer l’accessibilité des produits et de maintenir une forte compétitivité des prix, elle contribue également à une large disponibilité d’aliments ultra-transformés riches en graisses, en sel et en sucres.

L’ATNi (Access to Nutrition Initiative), une fondation mondiale pour des systèmes alimentaires plus sains, a mené une étude sur les trois plus grands distributeurs français, à savoir E. Leclerc, Carrefour et le groupe Les Mousquetaires (Intermarché) représentant environ 46% des ventes de la grande distribution aujourd’hui en France.

L’analyse des prospectus promotionnels des 3 grandes enseignes révèle un déséquilibre marqué en faveur des produits les moins favorables à la santé. Moins d’1/4 de l’espace promotionnel est consacré à des options considérées comme saines, tandis que les sucreries, glaces, céréales raffinées, produits de boulangerie et snacks dominent largement les mises en avant commerciales.

Les produits à marque de distributeur (MDD) ne font pas exception à ce constat. La qualité nutritionnelle de plus de 8 300 MDD a été analysée lors de cette étude. Seuls 25 % des produits MDD vendus chez E. Leclerc, 27 % chez Carrefour et 23 % chez Intermarché ont été jugés plus sains, avec un Nutri-Score A ou B. À l’inverse, 84 % des produits évalués sont riches en graisses, en sel et en sucres et/ou présentent des marqueurs d'ultra-transformation.

Sur les 27 catégories de produits évalués, les résultats du Nutri-Score révèlent une variation substantielle de la qualité nutritionnelle, bien que les différences entre distributeurs au sein d’une même catégorie soient généralement limitées.

Les catégories composées en grande partie d’aliments de base ou de produits peu transformés, tels que les fruits et légumes transformés, le riz, les pâtes et nouilles, les huiles alimentaires, la farine et les produits laitiers végétaux, présentent systématiquement une forte proportion de produits notés A ou B, certaines catégories dépassant 80 % de produits dans la fourchette A à C.

En revanche, les catégories orientées vers le plaisir comprenant confiseries, glaces, snacks salés, biscuits sucrés et pâtes à tartiner sucrées sont dominées par des notes Nutri-Score plus faibles, avec peu ou pas de produits notés A ou B.

D’autres catégories, telles que les produits laitiers (y compris les produits laitiers et végétaux), les boissons (eau embouteillée, boissons gazeuses, concentrés, jus, cafés prêts à boire, thé et autres boissons chaudes) et les catégories mixtes/autres (produits de boulangerie, céréales pour petit-déjeuner, fruits et légumes transformés, viandes et produits de la mer transformés, sauces et dips), présentent des Nutri-Scores hétérogènes. Bien que certains produits se situent dans la fourchette A à C, une proportion relativement importante est notée D et E, ce qui indique un potentiel significatif de reformulation et de rééquilibrage du portefeuille dans ces catégories.

Par ailleurs, les produits les plus sains ne représentaient qu’une minorité des promotions faites sur les produits. Chez Carrefour, seul 21% de l’espace publicitaire est destiné aux produits sains, 19% chez E. Leclerc et 17% chez Intermarché. En revanche, les promotions de produits peu sains représentaient une part beaucoup plus importante de l’espace des prospectus, atteignant 47 % chez Carrefour, 35 % chez E. Leclerc et 44 % chez Intermarché.

Concernant la proportion de produits sains promus dans les prospectus, Carrefour, qui affichait le pourcentage global le plus élevé de produits « sains », consacrait la majorité de ses promotions saines aux poissons et fruits de mer (6 %), suivis des fruits (3 %) et des légumes (3 %). E. Leclerc et Intermarché présentaient des schémas comparables, mais à des proportions plus faibles. De son côté, E. Leclerc promouvait légèrement plus fréquemment les plats préparés « sains » (3 %) et les produits laitiers faibles en matière grasse (2 %) que les deux autres distributeurs.

Concernant les produits les moins sains, les confiseries et glaces (11-12 %) figuraient systématiquement parmi les produits les plus fréquemment promus chez les 3 distributeurs, suivis des céréales raffinées, produits de boulangerie et snacks (8-11 %). Les produits laitiers riches en matières grasses étaient les plus fréquemment promus dans les prospectus d’Intermarché (13 %) et apparaissaient également de manière assez importante dans ceux de Carrefour (11 %), principalement sous forme de fromages et de yaourts. Les plats préparés « peu sains » étaient promus plus souvent que leurs équivalents plus sains chez les trois distributeurs, et constituaient particulièrement une catégorie importante dans les prospectus d’Intermarché (11 %).

À ces enjeux nutritionnels s’ajoute une dimension économique : les paniers alimentaires les plus sains restent significativement moins accessibles. En moyenne, un panier composé de produits favorables à la santé coûte 23,5 % plus cher qu’un panier moins sain, renforçant les inégalités d’accès à une alimentation de qualité.

Compte tenu de l’influence structurelle des distributeurs sur l’alimentation en France, les politiques publiques en matière de nutrition et de durabilité doivent pleinement en tenir compte. Plusieurs leviers d’action peuvent être envisagés pour renforcer le cadre existant :

  • Encadrer plus strictement la promotion et la commercialisation des aliments et boissons de faible qualité nutritionnelle.
  • Renforcer la transparence des entreprises en les obligeant à publier la part de leurs ventes issues de produits plus sains et durables.
  • Accroître l’efficacité de la taxe sur les boissons sucrées en relevant les taux afin d’atteindre une hausse d’au moins 20 % des prix de vente, conformément aux recommandations de l’OMS, pour un impact optimal sur la santé
  • Améliorer la visibilité du Nutri-Score en imposant son affichage dans les prospectus promotionnels et autres formes de marketing.

Les distributeurs disposent à la fois du pouvoir et de la responsabilité de façonner un environnement alimentaire favorable à la santé. En parallèle, les pouvoirs publics peuvent accélérer cette transformation par des réglementations ciblées, en alignant les pratiques marketing sur les recommandations nutritionnelles et en garantissant l’accessibilité économique des options les plus saines.

Pour en savoir plus sur l'étude complète: https://accesstonutrition.org/app/uploads/2026/02/ATNi_FR_Retail_Assessment_country_report.pdf

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